Urgence Premiers Pas, une opération qui a révélé les difficultés d’accès aux biens alimentaires & d’hygiène de centaines de milliers de bébés

Etude Break Poverty sur la capacité des familles à subvenir aux besoins alimentaires et d’hygiène de leurs bébés : focus sur des résultats inquiétants.

Une opération d’urgence menée avec succès

L’institut Break Poverty avait piloté au premier semestre 2021 l’opération Urgence Premiers Pas. L’objectif était de distribuer des biens infantiles de première nécessité à destination des familles en incapacité de subvenir aux besoins de leurs bébés. Des millions de produits infantiles essentiels (couches, boîtes de lait, petits pots…) ont été distribués à plus de 50 000 bébés à travers la France. Ils ont été acheminés via le réseau des associations de l’aide alimentaire et l’Agence du Don en Nature, partenaire logistique de l’opération. Une action qui a eu lieu grâce au soutien du Secrétariat d’Etat en charge de l’Enfance et des Familles, ainsi que celui de nombreux industriels du secteur. Au-delà de 53 000 jeunes touchés contre 30 000 prévus initialement, soit 77% supplémentaires, l’impact a été réel :

90% des bénéficiaires affirment que cette opération leur avait permis de couvrir les besoins primaires de leurs enfants. Et 89% d’entre eux affirment que cette opération leur a permis de réduire le niveau de stress à la maison.

Des lacunes structurelles face à des besoins criants

Au-delà de son fort impact ponctuel, cette opération d’urgence a révélé de véritables lacunes structurelles des aides publiques et actions caritatives. Elles ne sont pas en mesure de répondre aux besoins de ces familles en difficulté. Les produits infantiles de première nécessité tels que les couches et les boîtes de lait sont très coûteux et difficilement accessibles par les canaux de l’aide alimentaire. En effet, ils font peu l’objet de surproduction (et donc de don en nature) de la part des industriels. Ainsi, 89% des associations affirment ne jamais ou presque avoir eu accès à ces biens avant l’opération. L’absence de ces biens essentiels des canaux de distribution de l’aide alimentaire empêchent les publics les plus vulnérables de combler les besoins primaires de leurs bébés : 

87% des familles disent ne pas pouvoir accéder en quantité suffisante à ces produits avant l’opération.

Or, la situation est d’autant plus alarmante qu’une hygiène et alimentation correctes sont deux éléments essentiels au bon développement de l’enfant. Une grande partie se faisant au cours des trois premières années de sa vie.

L’analyse de Break Poverty [1]

Break Poverty a pour démarche d’identifier et définir des stratégies nouvelles pour faire reculer la pauvreté. Face à ce constat, c’est tout naturellement que nos équipes se sont penchées aux sources du problème. Nous avons ainsi tenté de modéliser la situation à grande échelle, et les résultats sont accablants :

sous le seuil de pauvreté à 40% du revenu médian, aucun foyer n’est en mesure de couvrir l’intégralité des besoins primaires du bébé.

Il manque près de 20€ par mois pour un couple avec 1 enfant. Plus de 50€ pour un couple avec 2 enfants. C’est d’autant plus difficile pour les familles monoparentales : 75€ manquants lorsqu’il y a un enfant et plus de 90€ pour deux enfants à charge. Ce sont près de 110 000 bébés qui vivent sous le seuil de pauvreté à 40% en France.

Agir sur l’accès pérenne aux biens essentiels pour les bébés est une urgence absolue. L’objectif est de corriger les écarts structurels entre enfants de familles précaires et enfants de familles aisées. Et ainsi éviter à terme le caractère transmissible de la pauvreté. C’est un enjeu majeur pour la France, et c’est l’un des combats de Break Poverty.

[1] Méthodologie utilisée pour modéliser la situation à grande échelle

Pour établir le reste à vivre des ménages, les dépenses souvent appelées « contraintes » ou « incompressibles » (loyer, chauffage, eau…) ont été soustraites aux revenus disponibles du foyer. Il a été déduit de ce solde les dépenses alimentaires et d’hygiène estimées pour les bébés. Cela a permis d’obtenir un solde final, et de comptabiliser le nombre de foyers en réelle difficulté pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Pour obtenir les revenus disponibles, c’est la méthode de calcul par unité de consommation qui a été utilisée (1 pour 1 personne dans le foyer, + 0,5 pour tout autre personne >14 ans, + 0,3 pour < 14 ans) et appliquée au seuil de pauvreté de 40, 50 et 60% du revenu médian actuel. Puis elle a été répliquée sur plusieurs catégories de foyers (1 couple avec 1 à 3 enfants, 1 personne seule avec 1 à 3 enfants).

Pour estimer les dépenses contraintes auxquelles un ménage doit faire face, ce sont les données du CNLE (2012) qui ont été choisies. Afin de sommer dans chaque configuration de foyer les dépenses contraintes (loyer, énergie, chauffage, eau) et les dépenses souples (alimentaire et habillement), ainsi que les charges des éventuelles dettes contractées. Par ailleurs, le taux d’inflation de 2010 à ce jour (15,6%) a été ajouté pour avoir une estimation actualisée du coût de ces postes.

Crédit photo : Barbara Ribeiro