une maman tenant son enfant dans ses bras

Quand la précarité des parents met les enfants en danger

En France, trois millions d’enfants sont vulnérables du fait de la situation précaire de leurs parents. Outre les privations qu’ils subissent, les conséquences sont nombreuses sur leur santé, leur scolarité, mais aussi leur vie sociale. Et si le contexte familial ne leur permet pas de grandir dans de bonnes conditions, l’école se révèle incapable d’aider ces enfants à s’en sortir. Explications.

Parents pauvres, enfants vulnérables

Quelques chiffres sur la précarité des enfants en France

Naître dans une famille pauvre, une injustice fondamentale

Parmi les conséquences de la pauvreté, il n’est pas rare de traîner l’image de quelqu’un qui n’a pas fait les bons choix, n’a pas assez travaillé, ne veut pas s’en sortir… Mais qu’en est-il de ces milliers d’enfants qui naissent chaque année dans une famille pauvre ? Dépendants de leurs parents, ils subissent les conséquences d’une précarité face à laquelle ils sont impuissants. Et elles sont nombreuses. Outre les carences et frustrations immédiates et le sentiment d’exclusion qui en résulte, la précarité familiale prive souvent les enfants de ressources immatérielles essentielles (santé, connaissance, vie culturelle et sociale…)

Grandir dans une famille pauvre, quelle conséquence ?

Petite enfance : l’âge de la création du socle… Des inégalités !

Les inégalités débutent dès le stade périnatal : confort du logement, pénibilité du travail, transports… les conditions de vie des femmes enceintes ont un impact sur le développement de leur bébé. Et avant même la maternelle se créé le socle de développement de l’enfant. Or, on constate qu’un enfant de 3 ans issu d’un milieu pauvre maîtrise moitié moins de mots qu’un enfant issu d’une famille aisée. Une inégalité linguistique lourde de conséquences puisque le langage n’est pas qu’un marqueur social, il est l’outil par lequel l’enfant va plonger dans l’apprentissage scolaire : les enfants pauvres sont d’emblée moins outillés. Élément aggravant, les familles les plus démunies fréquentent moins les structures facilitant l’éveil de leurs enfants : seulement 5% des enfants des familles modestes sont gardés en crèche contre 22% pour les familles les plus aisées. Autant de facteurs qui entérinent une injustice fondamentale : naître pauvre et être condamné à le rester.

A la maison : des problèmes multiples et imbriqués

Logements insalubres, alimentation déséquilibrée, deficit d’information sur la manière de stimuler ses enfants… Les familles précaires cumulent une exposition aux risques accrue et un accès limité aux soins. Ainsi, un habitat humide, mal isolé, favorise l’asthme, plus courant chez les enfants pauvres. Ils ont aussi davantage de caries non soignées et souffrent trop souvent d’obésité. Ils ne portent pas toujours les lunettes dont ils auraient besoin. Des handicaps qui affectent durablement la vie de ces jeunes. On note aussi qu’ils se couchent plus tard et subissent durement le climat émotionnel de la famille. Cela ne va pas sans créer un stress et une fatigue qui ont des conséquences sur la capacité d’attention, et donc les résultats scolaires. A ce sujet, l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES) indique qu’un logement surpeuplé multiplie par 1,4 le risque d’échec scolaire. Comment un enfant peut-il faire ses devoirs s’il n’a pas un espace calme, s’il n’a personne pour l’aider quand il en a besoin ?

A l’école : de l’inégalité sociale à l’inégalité scolaire

La France est l’un des pays riches dont le système scolaire est le plus inégalitaire et les plus reproducteur d’inégalités sociales. Unrapport du Centre national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) montre comment l’école transforme les inégalités sociales en inégalités scolaires et les quantifie, révélant par exemple qu’un tiers des élèves de collèges se trouvant en ZEP ne s’y sentent pas en sécurité. Publié en 2016, ce rapport s’inquiète du fait que « l’institution scolaire n’a eu de cesse depuis 1975 de développer des dispositifs ségrégatifs depuis les 4e/3e technologiques dans les années 1990, en passant par les 3e d’insertion ou de soutien, jusqu’aux actuelles 3e prépa-pro intégrées, sans compter les dispositifs inscrits dans la durée comme les SEGPA ». Or, selon l’Observatoire des inégalités, les enfants d’ouvriers, d’employés et d’inactifs représentent près de 90 % des élèves de ces sections pour jeunes en difficulté. Quant au décrochage scolaire, ce fléau qui touche 100 000 jeunes chaque année, il est aussi l’apanage des classes populaires : les enfants dont le père est ouvrier ont quatre fois plus de risques de sortir sans diplôme de l’école que ceux dont le père est cadre. Ainsi, l’école est incapable d’offrir une chance aux jeunes de familles pauvres.