Pour un nouvel engagement des entreprises contre la pauvreté

La France vit actuellement un renversement de tendance historique avec des chiffres de la pauvreté qui repartent à la hausse. Les jeunes en sont les premières victimes. L’Etat, les collectivités locales, les associations œuvrent chaque jour contre ce fléau, mais les moyens sont insuffisants. Des entreprises aussi se mobilisent, mais elles sont trop peu nombreuses. Et pourtant, nul ne gagne dans un monde qui perd.
Une réflexion est actuellement en cours sur l’engagement sociétal des entreprises. N’est-ce pas une solution nouvelle dans la lutte contre la pauvreté ?

Tous les clignotants sont au rouge. 13% de la population française, soit plus d’un français sur 8, vivent sous le seuil de pauvreté selon l’INSEE. Près de 4 millions de personnes n’ont pas leur propre logement ou vivent dans des conditions insalubres1;. Les bidonvilles, disparus dans les années 80 sont réapparus : on en a recensé 571 (pour 16000 personnes, dont 6000 mineurs) début 2017.

Les jeunes sont les premières victimes de la pauvreté. 15% des jeunes de 15-29 ans sont sortis du système scolaire et n’ont ni emploi ni formation. 6 enfants sur 10 ont peur de devenir pauvres un jour.

L’inexorable pression migratoire sur l’Europe ne va que renforcer cette tendance à la paupérisation. Depuis 2008 les demandes d’asile se sont multipliées pour atteindre le chiffre historique de 90 000 en 2016 (source : Ministère de l’Intérieur). Le nombre de mineurs non accompagnés (MNAs) est passé d’environ 4000 en 2012 à 25000 en 2017. Les structures d’accueil sont débordées.

Des solutions existent. Partout en France les acteurs traditionnels du social (Associations, Services publics) innovent et inventent de nouvelles approches pour répondre à l’ampleur des défis. Ces approches s’éloignent des réponses historiques, institutionnelles, uniformes et peu efficaces. Elles misent sur la prévention, notamment en matière d’éducation. Elles utilisent le levier formidable du bénévolat pour maximiser leur portée, à moindre coût. Elles exploitent le potentiel du digital pour permettre un déploiement large. Elles jouent les partenariats transverses, en rupture avec les silos historiques (partenariats Associations-Entreprises ou Associations-Etat ou Entreprises-Etat). Mais les moyens manquent cruellement.

Malgré une mobilisation croissante des entreprises en matière de mécénat, leurs investissements ne suffisent pas à créer les conditions d’un changement majeur. Et pourtant, nulle entreprise ne gagne dans un monde qui perd.

La responsabilité sociale des entreprises se restreint souvent à des mesures sociales ou écologiques liées à leurs activités commerciales et à leurs relations avec les parties prenantes de leur activité économique. Pourtant, être socialement responsable ne doit pas se restreindre à limiter son impact négatif (pollution…) ou à bien traiter ses salariés ou ses fournisseurs. La responsabilité sociale de l’entreprise doit s’étendre à l’ensemble de son territoire, profitant non seulement à ses parties prenantes, mais également à tout son environnement proche.
Lorsqu’une entreprise investit dans l’éducation, ce sont des futurs salariés mieux formés qu’elle soutient. Lorsqu’elle investit dans l’accompagnement individuel des plus faibles, elle leur permet de retrouver le chemin de l’autonomie et de la consommation. Lorsqu’elle investit dans l’insertion professionnelle elle lutte contre l’insécurité et contribue à une meilleure cohésion sociale.

Nul ne gagne dans un monde qui perd. Un scénario de rupture s’impose pour créer les conditions du changement en France. Il est désormais important de donner les moyens aux entreprises d’affirmer leur responsabilité sociale et de lutter durablement contre la pauvreté.

 Rapport 2017 de la Fondation Abbé Pierre sur le Mal logement.