Un petite fille à l'école en train d'écrire

Zoom sur le décrochage scolaire

Chaque année, 100 000 jeunes sortent encore du système scolaire sans diplôme. C’est bien mieux qu’il y a 10 ans, mais c’est encore largement insuffisant au regard des enjeux d’égalité des chances que l’école peine à porter. C’est pourquoi la Break Poverty Foundation a lancé un programme ambitieux de prévention du décrochage scolaire. Mais au fait, quelle est l’ampleur du phénomène ? Comment l’appréhendons-nous chez Break Poverty et quelles solutions pouvons-nous avancer pour relever le défi de l’égalité des chances ?

décrochage scolaire et inégalités sociales en chiffres

  • 13% des élèves décrochent chaque année du système scolaire
  • Soit près de 100 000 jeunes par an
  • 450 000 jeunes de 18 à 24 ans ne sont pas diplômés et n’ont pas suivi de formation au cours des quatre dernières semaines
  • 230 000 euros, c’est le coût d’un décrocheur à la collectivité
  • 38,4 % des enfants dont la mère n’a aucun diplôme décrochent de l’école,
    contre 5,9 % de ceux dont la mère est diplômée de l’enseignement supérieur
  • 28 % des enfants d’ouvriers sortent du système sans diplôme contre 7 % pour les enfants de cadres

Sources : CNESCO

« Notre priorité est la prévention »

Trois questions à Christophe Sanchez, directeur des programmes à la Break Poverty Foundation.

Pourquoi avoir placé le décrochage scolaire comme l’un des trois piliers de vos programmes d’action contre la pauvreté ?

Plusieurs raisons ont guidé ce parti-pris. D’abord parce que nous savons que l’école est encore le meilleur moyen de sortir de la pauvreté. Selon France Stratégie, le revenu d’une personne est pour moitié déterminé par son niveau de diplôme. Saviez-vous qu’un jeune qui décroche a une chance sur deux d’être encore au chômage trois ans après avoir quitté l’école ? Or, il y a encore 100 000 élèves qui, chaque année, sortent du système éducatif sans diplôme. Même si ce phénomène tend à se réduire, il est encore trop important.

Mais au-delà de notre volonté de lutter contre ce déterminisme social, nous faisons un constat extrêmement pragmatique : une personne qui décroche du système scolaire coûtera 230 000 € à la société.

Comment agissez-vous pour enrayer le phénomène de décrochage scolaire ?

Notre priorité est la prévention. Pourquoi ? Parce que le sujet du décrochage scolaire apparaît très tôt, dès le primaire. Le décrocheur suit en général un cycle : au primaire, il rencontre des difficultés, au collège ces difficultés s’aggravent et s’y ajoutent des problèmes de comportement. Au lycée, c’est la spirale de l’absentéisme qui conduit au décrochage. Ce constat nous permet de repérer les enfants en risque de décrochage et d’agir au plus tôt. Il s’agit alors d’enrayer les premières difficultés pour éviter à l’enfant de tomber dans le parcours du décrocheur. Soutien scolaire, développement d’outils pédagogiques adaptés, partenariats école/parents/associations…dès le plus jeune âge, il faut prévenir les difficultés scolaires et donner aux enfants le goût d’apprendre !

Outre ce travail de prévention, nous pensons qu’il est essentiel de comprendre les aspirations du jeune pour faire en sorte qu’il puisse bénéficier de l’orientation la plus pertinente possible, au cas par cas. Comment ? En finançant des associations qui mènent sur le terrain des projets innovants, efficaces et reproductibles pour combattre le décrochage. L’une de nos convictions est que les entreprises ont un rôle essentiel à jouer dans leur capacité à offrir un avenir aux jeunes en difficulté. Aussi avons-nous lancé une dotation d’action territoriale. Le principe ? Relier des entreprises soucieuses de justice sociale avec des projets associatifs porteurs de solutions nouvelles. Dans ce cadre, nous soutenons le projet prometteur de l’association Escalades entreprises à Nantes (voir zoom plus bas) qui aide les jeunes à comprendre leurs aspirations et à les rendre possible en ouvrant les portes de l’entreprise.

Zoom sur le projet pilote escalade entreprises, pour s’attaquer au décrochage sur tous les fronts !

Constituée de près de 150 responsables d’entreprises de la région nantaise, l’association Escalade entreprises expérimente un dispositif original de lutte contre le décrochage scolaire. Son action est fondée sur deux piliers : éviter le décrochage scolaire des adolescents en les accompagnant au cours d’un parcours de « raccrochage » et rapprocher les entreprises des jeunes, notamment grâce à un dispositif de découverte des métiers.

Bilan : Grâce au projet JEM (Jeunes Envie Motivation) – un parcours de 3 mois conjuguant travail sur soi, découverte des métiers et formalisation d’un projet personnel – 50% des 130 jeunes de 14 à 15 ans ayant suivi le parcours ont repris les cours.

Plus largement, Escalade entreprises va à la rencontre des jeunes à travers des sessions de présentation des métiers en se rendant dans les écoles et en ouvrant ses portes aux jeunes. Résultat : des milliers de jeunes ont changé leur regard sur le monde de l’entreprise ! A suivre…