30 Oct 2024 Familles monoparentales : profil et difficultés rencontrées
En France, le taux de privation matérielle et sociale est de 13,6 %, un chiffre relativement élevé selon l’INSEE[1]. Cependant, ce risque ne touche pas tout le monde de la même manière. Les familles monoparentales, de plus en plus nombreuses et souvent en difficulté financière, en souffrent particulièrement.
Une réalité croissante : un nouveau profil familial
Selon l’INSEE, une famille monoparentale est constituée d’un parent isolé et d’un ou plusieurs enfants, tous membres du même logement.
Cette définition peut rassembler plusieurs situations :
- L’enfant est en résidence principale chez la mère (83 % des enfants de moins de 6 ans), avec :
- Absence de contacts avec le père : 25 %
- Contacts limités ou droit de visite réduit : 45 %
- Droit de visite classique (un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires) : 13 %
- L’enfant est en résidence alternée (13 %) :
- La résidence alternée reste peu demandée, notamment en raison de son coût (organisation, nécessité de disposer de deux logements adaptés à l’accueil des enfants, etc.).
- Seuls 21 % des pères en font la demande, mais 85 % d’entre eux l’obtiennent lorsqu’ils la sollicitent.
- L’enfant est en résidence principale chez le père (4 %)
Le modèle de la famille monoparentale a connu une augmentation significative au cours des dernières décennies, en grande partie dû à l’évolution des structures familiales, aux divorces plus fréquents et aux naissances hors mariage. Nous sommes ainsi passés de 9 % de familles monoparentales au début des années 1970, à près de 25 % des familles avec enfants aujourd’hui.
On compte ainsi 3,6 millions d’enfants vivant en famille monoparentale aujourd’hui.
Pourquoi les familles monoparentales sont-elles particulièrement vulnérables ?
Ce type de famille rencontre souvent plusieurs difficultés cumulatives :
- Ressources financières limitées : En raison de la perte des revenus du conjoint et de la fin des économies d’échelle permise par la vie de couple, ¼ des familles monoparentales basculent sous le seuil de pauvreté après la séparation. De plus, ces profils sont deux fois plus touchés par le chômage et travaillent souvent à temps partiel. Cela crée une dépendance accrue aux aides sociales, pourtant trop faibles pour compenser cette situation de précarité. 57 % des familles monoparentales touchent des allocations logement et 23 % le RSA, contre 26 % et 8 % pour les autres ménages.
- Pensions alimentaires incertaines : Beaucoup de familles dépendent des pensions alimentaires. Pourtant, environ 30 % de celles-ci ne sont pas versées, ce qui représente en moyenne 190 € par mois de manque à gagner.
- Charge parentale élevée : Avec un seul parent, la gestion des enfants devient plus difficile, augmentant le risque d’épuisement. Par exemple, un foyer monoparental a seulement trois jours de congés pour s’occuper d’un enfant malade, contre six pour un couple – les parents pouvant se répartir la charge.
- Logement inadapté : 37 % des familles monoparentales vivent dans des logements sociaux souvent trop petits, ce qui limite leur intimité.
- Accès restreint aux services : Les services de garde d’enfants, d’aides au logement et de soutien psychologique sont souvent difficiles à obtenir, aggravant les défis rencontrés. 1 parent isolé sur 2 sans emploi mentionne la garde des enfants comme l’un des principaux obstacles à la reprise d’activité.
Un risque de pauvreté particulièrement accru
En 2023, 28,8 % des membres de familles monoparentales vivaient en situation de privation matérielle ou sociale, un chiffre en hausse, contre 15 % pour les personnes seules. Près de quatre familles monoparentales sur dix vivent en dessous du seuil de pauvreté, malgré les aides disponibles, quand le taux moyen est, là encore, d’environ 14%.
Il est aussi à noter que dans 82 % des cas, c’est la mère qui élève seule ses enfants.
Le fait que la grande majorité des familles monoparentales soient dirigées par des femmes éclaire la vulnérabilité plus marquée de ces foyers : cette réalité s’entremêle avec les inégalités de genre qui persistent dans les domaines professionnel, économique et domestique, et contribue à accentuer leur exposition à la précarité. En moyenne, les femmes vivant en couple hétérosexuel perçoivent un revenu inférieur de 42 % à celui de leur conjoint.
- L’arrivée d’un enfant impacte largement le revenu des femmes. Près de 40 % des femmes vont modifier leur activité après une maternité (qu’il s’agisse d’un changement de statut, d’horaires, d’intensité du travail voire même d’un retrait du marché du travail).
- En moyenne, les femmes qui deviennent mères assistent à une baisse d’environ 25 % de leurs revenus dans les cinq années qui suivent la naissance de leur enfant. Et pour les femmes avec les plus bas salaires, cet écart peut même aller jusqu’à 40 %.
Ces écarts économiques se répercutent au moment de la séparation :
- Les femmes disposent plus souvent de biens de consommation courante, tandis que les hommes détiennent davantage de biens patrimoniaux (voiture, logement, épargne).
- Après une séparation, les mères se retrouvent donc plus vulnérables financièrement. Ils ne disposent pas du même patrimoine
La pauvreté touche généralement moins les familles monoparentales où les pères sont présents car ils ont un emploi stable et sont propriétaires de leur logement.
Lors de la conférence « Monoparentalité : les “mères des batailles” », Colombe Brossel, Rapporteure de la mission du Sénat sur la monoparentalité, a souligné que ces difficultés nécessitent une approche globale pour mieux répondre aux besoins des parents isolés.
Un parcours scolaire plus éprouvé
La situation de monoparentalité pèse fortement sur le parcours scolaire des enfants, notamment parce qu’ils cumulent les effets des contraintes économiques, organisationnelles et psychologiques. La gestion quotidienne par un seul parent réduit mécaniquement le temps disponible pour l’accompagnement scolaire, tandis que la séparation engendre souvent un choc émotionnel qui affecte l’attention, la motivation ou la stabilité affective de l’enfant.
Plusieurs facteurs concourent ainsi à fragiliser les conditions d’apprentissage :
- Moindre disponibilité parentale, qui limite l’aide aux devoirs, le suivi des apprentissages ou la participation aux temps scolaires.
- Instabilité émotionnelle liée à la séparation, susceptible d’entraîner fatigue, anxiété ou difficultés de concentration.
- Organisation familiale complexifiée, qui rend plus difficile la mise en place de routines éducatives solides.
- Surpeuplement du logement, qui touche 24 % des mineurs : dès les premières années, l’absence d’espace calme affecte le développement cognitif (difficultés à identifier les couleurs, les formes, retard de langage…).
- Déménagements plus fréquents, qui perturbent la continuité pédagogique et l’intégration sociale.
Ces conditions se traduisent concrètement par une réussite scolaire moindre. À niveau socio-économique comparable, les enfants de familles monoparentales restent davantage exposés aux difficultés scolaires :
- Un taux de redoublement plus élevé : 15% au collège (contre 8%)
- Un risque accru de décrochage : 27,6% quittent l’école sans diplôme (contre 16,3 %)
- Un accès moindre à l’enseignement supérieur : 25% obtiennent un diplôme universitaire (contre 45%)
Notre action face à ce constat
En somme, bien que les familles monoparentales fassent preuve d’une résilience admirable face aux défis de la vie moderne, il est crucial de leur apporter un soutien significatif. Ces parents ressentent souvent le besoin d’accompagnement dans leur rôle parental, surtout lorsqu’ils sont seuls à gérer leur quotidien.
Break Poverty accompagne les mères de jeunes enfants dans le besoin à travers le programme Pacte pour les Premiers Pas, tout en apportant un soutien envers les jeunes en situation de précarité à travers du mentorat.
[1] Pour rappel, le taux de privation matérielle et sociale correspond à la part de personnes qui ne peuvent pas couvrir les dépenses essentielles pour vivre décemment. Beaucoup de Français, par exemple, rapportent ne pas pouvoir chauffer correctement leur logement ou acheter des vêtements neufs. Ce problème touche principalement les familles monoparentales, soit 2 millions de foyers en 2020 selon l’INSEE.
Sources :
- DREES, 2021, Familles monoparentales : un sentiment de vulnérabilité et une attente forte de soutien à la parentalité.
- INSEE, 2020, Définition de famille monoparentale.
- INSEE, 2023, En 2023, 3 enfants sur 10 vivent avec un seul de leurs parents
- Laurette Cretin, 2012, Les familles monoparentales et l’école
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