Précarité Infantile : une aggravation insupportable à cause de la crise

L’enquête « Précarité infantile et Aide alimentaire » menée par l’Institut Break Poverty auprès d’une centaine de parents d’enfants âgés de 0 à 3 ans et bénéficiaires de l’aide alimentaire dresse un état des lieux glaçant de la précarité infantile en France, de son impact sur le stress familial et de son l’évolution exponentielle du fait de la crise de la Covid-19.


Les effets de la crise sanitaire sur la précarité infantile

La crise sanitaire que nous traversons a fait exploser les besoins des plus précaires. A ce jour, plus de 2 millions de personnes recourent à l’aide alimentaire en France[1]. Si la perte d’emploi, la maladie et la séparation sont toujours les trois premières raisons de l’aggravation de la situation financière des bénéficiaires, l’impact de la crise de la Covid-19 est évident.

17% des personnes ayant recours à l’aide alimentaire ont à leur charge un enfant de moins de 3 ans. Sachant que ces personnes vivent avec 839 euros par mois en moyenne[1] et que le budget consacré aux couches est d’environ 87 euros par mois[2], il apparait comme une évidence qu’un stress financier pèse sur les premiers pas de leur tout-petit.

La situation est de plus en plus critique puisque la moitié des personnes aidées déclarent avoir recours à l’aide alimentaire depuis moins d’un an[1]. Pire encore, 1/3 des jeunes parents bénéficient de l’aide alimentaire depuis seulement l’hiver 2021[3]. Ainsi la dépendance à l’aide alimentaire touche un public de plus en plus nombreux. D’autant plus que 2/3 des bénéficiaires se rendent souvent à ces structures qui se voudrait être uniquement des structures de soutien ponctuel[3].

L’enquête révèle une situation alarmante

Afin d’expliciter les difficultés rencontrées par ces jeunes parents, l’Institut Break Poverty a mené une enquête du 19 au 26 mars 2021 auprès d’une centaine de bénéficiaires de l’aide alimentaire ayant un enfant âgé de 0 à 3 ans. Ces personnes ont été interrogées dans des centres de distributions de l’aide alimentaire partenaires de l’Agences du Don en Nature, dans les hôtels sociaux du Samu Social de Paris et dans d’autres associations dont Edumiam et Amitié Partage via un questionnaire papier et/ou en-ligne.

Plus d’un parent défavorisé sur trois déclarent devoir restreindre la quantité de petits pots qu’ils donnent à leurs enfants pour des raisons financières[3]. C’est 1 parent précaire sur 5 qui réduit souvent cette alimentation chez son jeune enfant[4]. La situation est encore plus critique pour les produits d’hygiène puisque que 51% des bénéficiaires de l’aide alimentaire déclarent ne pas pouvoir acheter autant de produits d’hygiène, et notamment de couches qu’ils le souhaiteraient pour leurs tout-petits[5] faute de moyens suffisants.

Ce constat est particulièrement alarmant à la vue des difficultés que rencontrent les structures d’aide à répondre à l’augmentation subite des besoins depuis la crise. Habituellement les dispositifs d’aide et de soutien, les acteurs publics et privés jouent un rôle d’amortisseur social et évitent que la situation ne se détériore de façon incontrôlée. Or, cette année, plus de 3 parents bénéficiaires d’association sur 4 estiment que la crise a rendu plus difficile la possibilité d’obtenir des couches et des produits d’hygiène gratuitement ou à très petits prix par le biais des structures d’aide[4]. Les produits alimentaires rencontrent le même sort puisque respectivement 58% et 63% des parents bénéficiaires d’association estiment que la crise a rendu plus difficile la possibilité d’obtenir du lait infantile et des petits pots par ce biais[4].

Bien que les jeunes parents restreignent en dernier lieu les produits touchants à l’alimentation de leur enfant, ce sont respectivement 70% et 67% d’entre eux qui déclarent que la crise de la Covid-19 a eu un impact négatif sur leur capacité financière propre à acheter du lait infantile et des petits pots pour nourrir leur enfant de moins de trois ans[4].

Ainsi, après un an de crise sanitaire, économique et sociale, les résultats de cette enquête sont sans appel : la précarité infantile est une réalité bien ancrée qui se manifeste par des restrictions sur les produits de première nécessité des tout-petits.


La nécessité d’agir pour prévenir des impacts sur la durée

Pleurs fréquents, difficultés à dormir, irritations cutanées, etc. Pour 8 parents sur 10, ces rationnements ont des conséquences importantes sur le bien-être des enfants. Ils peuvent provoquer « un stress démultiplié, avec des conséquences sur la construction neurodéveloppementale, émotionnelle, affective, cognitive et relationnelle du bébé ». Une conclusion que délivre la commission « 1000 premiers jours », initiée par le gouvernement en septembre 2019 et nommée ainsi pour signifier l’importance des 1000 premiers jours de la vie dans la construction de tout individu.

Présidé par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik et regroupant 18 experts de spécialités différentes (y compris des acteurs de terrain de l’accompagnement social des parents), ce groupe d’étude a pour objectif premier celui de déterminer comment chaque enfant pourra s’épanouir dans les meilleures conditions. Et ce, bien sûr, en veillant tout particulièrement à la situation des familles en grande précarité, avec entre autres mesures préconisées, le soutien aux associations compétentes pour accompagner femmes enceintes et jeunes mamans.

Les parents aussi souffrent des restrictions imposées à leurs bébés faute de moyens. Ainsi, pour 72% des parents bénéficiaires de l’aide alimentaire, nourrir leur enfant est une source de stress[6]. « De plus en plus de parents nous disent la difficulté de leur quotidien », constate le Secrétaire d’Etat en charge de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet, qui assure le suivi des travaux de la commission « 1000 premiers jours ». « Nous devons collectivement faire mieux, pour nos enfants, pour notre société », assène-t-il.

C’est tout le sens de l’opération Urgence Premiers Pas initiée par la Fondation Break Poverty et soutenue par le Secrétaire d’Etat chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet et l’Agence du Don en Nature, ADN. Les premières années de vie ont une incidence considérable sur l’avenir d’un enfant – sur son développement cérébral, sa santé, son bonheur, son aptitude à apprendre à l’école, son bien-être.

Ensemble, faisons grandir les enfants, pas la pauvreté.

 

Pour soutenir des milliers de bébés en situation de précarité, cliquez ici.

 

[1] Enquête CSA 2021 pour les Banques alimentaires

[2] IFOP pour Dons Solidaires, mars 2021

[3] Enquête Institut Break Poverty, mars 2021

[4] Enquete IBP 2021

[5] IFOP pour Dons Solidaires, mars 2021

[6] Enquete IBP 2021

 

Crédit photo : Rodrigo Peirera, Unsplash.


Urgence Premiers Pas : faisons grandir les enfants, pas la pauvreté.J'AGIS
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