L’éducation est le pilier de l’insertion professionnelle et de la construction d’un parcours de vie. Dans le même temps, notre système éducatif est confronté à de nombreuses situations de décrochage scolaire pour des milliers de jeunes chaque année. Dans son rapport « France 2022 », la commission Attali émet des recommandations quant au futur de la France, après avoir dressé un diagnostic de la situation économique, politique et sociale du pays. Il nous permet donc d’avoir des données chiffrées sur bon nombre de problématiques liées à la pauvreté, dont le décrochage scolaire.

Les chiffres issus du diagnostic de la Commissions Attali

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Les écarts de niveau de vie entre ménages aisés et ménages pauvres sont liés pour près de 50% au niveau de diplôme. Un indicateur extrêmement significatif  pour comprendre à quel point le niveau d’éducation est déterminant dans le parcours de vie d’un jeune dans notre société.

On peut évaluer l’impact des acquis scolaires et académiques de chaque individu :

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A court terme : cinq ans après avoir quitté le système scolaire, 65% des décrocheurs scolaires sont au chômage ou inactifs ! Ce chiffre est de 8% pour les diplômés du supérieur.

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A plus long terme : la population non-diplômée représente près d’un tiers des chômeurs de longue durée en Francedeux tiers si l’on inclut les titulaires de BEP-CAP.

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C'est le nombre d'élèves qui ont été perdus de vue par l'Education Nationale depuis le début de la crise sanitaire. 40% d'entre eux n’étaient pas identifiés comme des élèves à risque de décrochage.

Les premières statistiques mises en avant quant aux effets du décrochage scolaire à court et long terme sont indépendantes de l’influence de la crise du COVID-19 sur le décrochage scolaire. Or, comme ces chiffres le démontrent, les périodes de confinements successifs n’ont fait qu’aggraver des dynamiques délétères déjà bien ancrées.

Cette dynamique nous pousse à redoubler d’efforts pour apporter notre soutien à tous les élèves en difficultés, pour leur offrir des chances de réussite.

Quelques idées reçues sur le décrochage scolaire

La situation des jeunes s'améliore

En réalité: Dans l’absolu, oui, nous sommes passés de 200 000 décrochages scolaires par an à 80 000 en l’espace de 50 ans. Mais si plus de jeunes sont diplômés, il y a aussi plus de jeunes entre 16 et 25 ans qui, après leur sortie du système scolaire, restent en dehors de l’emploi et de la formation pendant de très longues périodes. Le taux d’obtention des diplômes a augmenté, mais ceux sans diplôme sont dans une situation bien plus précaire qu’avant : 50% sont au chômage trois ans après la fin de leurs études contre 25% il y a 20 ans.

Le décrochage concerne tous les milieux et peut se produire à tout âge. Il est de ce fait difficile à prévenir

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En réalité : le groupe de décrocheurs étant relativement homogène, il est essentiellement constitué de jeunes de milieux défavorisés, ayant connu des difficultés dès le CP, dont le père est inactif, employé ou ouvrier, et la mère sans diplôme ou peu diplômée. Il est donc possible de penser des solutions ciblées et efficaces.

On fait déjà énormément pour ces jeunes

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En réalité : l’ampleur des dispositifs censés combattre le décrochage mis en place par l’Education Nationale est très limité. Les actions orientées spécifiquement sur les élèves les plus faibles (SEGPA, Ulis, classes 3e des métiers, dispositifs relais etc.) restent beaucoup trop marginales. Quant au secteur associatif, ils rencontrent fréquemment des difficultés dans le ciblage des élèves les plus en difficulté. Le soutien d’acteurs publics et privés est capital pour leur permettre d’accompagner de plus en plus de jeunes.

C'est à l'école de lutter contre le décrochage scolaire

En réalité : Pour un jeune en difficulté à l’école, il faut effectuer un travail de fond sur les dimensions non-scolaires et non-cognitives (la persévérance, la confiance en soi, la maîtrise de soi…). Est-ce le rôle de l’école ? En partie. Mais c’est aussi en dehors des murs de l’école, via des activités culturelles, sportives et citoyennes que jeunesse se fait.

A 11 ans, tout est joué

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En réalité : Certains traits de personnalité comme la persévérance ou la maîtrise de soi restent modulables bien après 11 ans. Or, ces qualités sont décisives pour envisager la réussite d’une carrière professionnelle. Par conséquent, il n’est jamais trop tard pour apporter un soutien à un jeune qui décroche.

Cela coûterait trop cher de prendre en charge tous les jeunes en décrochage

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En réalité : Investir dans la lutte contre le décrochage scolaire peut être un investissement très rentable sur le long terme. En effet, les élèves qui décrochent génèrent un coût élevé pour les finances publiques, d’environ 240 000€ sur 40 ans, d’après une étude du cabinet Boston Consulting Group de 2013. Cela inclut notamment le coût des aides sociales, les frais de santé, de justice et le manque à gagner fiscal. Là où le coût moyen de 4 années de scolarité au collège coûte environ 30 000 € par jeune.