Sorties sèches de l’ASE : sécuriser les parcours grâce au mentorat

Chaque année en France, des milliers de jeunes atteignent leur majorité et quittent l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Ce service, placé sous la responsabilité des départements, constitue le principal pilier de la protection de l’enfance et a pour mission d’accompagner les mineurs en danger ou en situation de vulnérabilité. Or, le passage à la majorité marque souvent une rupture brutale dans cet accompagnement.

Contrairement à la majorité des jeunes de leur âge, ils doivent accéder à l’autonomie beaucoup plus tôt, sans pouvoir s’appuyer sur un environnement familial ou un réseau de soutien solide. Selon un rapport de l’INJEP publié en novembre 2025, l’âge moyen d’accès à l’autonomie pour les jeunes issus de l’ASE est de 19,9 ans, contre 24 ans en moyenne en Europe. Ce décalage illustre une réalité préoccupante : ces jeunes doivent construire seuls leur avenir, souvent avec peu de ressources et dans des conditions fragiles.

Une insertion professionnelle fragilisée

Les difficultés rencontrées par les jeunes sortants de l’ASE sont particulièrement marquées en matière d’insertion professionnelle. Plus d’un jeune sur deux se retrouve sans emploi, sans formation ni études après sa sortie du dispositif.

Cette situation s’explique en partie par des parcours scolaires souvent contraints. 73 % des jeunes de l’ASE sont orientés vers des filières professionnelles, contre seulement 13 % à l’échelle nationale. Cet écart important traduit des trajectoires largement subies, davantage dictées par l’urgence d’accéder à une autonomie financière que par un véritable choix d’orientation. Cette orientation contrainte peut également fragiliser l’engagement scolaire et accroître les risques de décrochage. Si ces parcours permettent parfois une insertion plus rapide, ils restreignent néanmoins les perspectives d’évolution et les possibilités de poursuite d’études.

L’accompagnement vers la sortie reste par ailleurs insuffisant et très inégal selon les territoires. Le Contrat jeune majeur (CJM) constitue aujourd’hui le principal dispositif de prolongation de la prise en charge. Inscrit dans le Code de l’action sociale et des familles, il permet à certains jeunes de bénéficier d’un accompagnement jusqu’à 21 ans.

Concrètement, l’accès au CJM repose sur plusieurs conditions. Le jeune doit formuler, dès l’âge de 17 ans, un projet d’autonomie (formation, emploi, logement) lors d’un entretien obligatoire. Cependant, si deux tiers des départements déclarent organiser cet entretien, seuls 35 % affirment le proposer systématiquement à l’ensemble des jeunes concernés.

Par ailleurs, l’attribution du contrat jeune majeur (CJM) relève de la décision du Conseil départemental et s’inscrit dans un contexte de ressources contraintes, ce qui en limite l’accès. Dans ce cadre, le dernier rapport de la Défenseure des droits met en évidence un paradoxe préoccupant : les jeunes les plus en difficulté, qui auraient le plus besoin d’un accompagnement prolongé, sont aussi ceux qui en bénéficient le moins. En effet, ces derniers doivent souvent faire la preuve de la solidité de leur projet pour obtenir un CJM, alors même qu’ils ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour répondre à ces exigences. Ainsi, ce fonctionnement contribue à renforcer les inégalités territoriales et laisse certains jeunes sans solution à l’approche de leur majorité.

Dans ce contexte, la continuité de l’accompagnement constitue un enjeu central. Pourtant, malgré la loi Taquet de 2022, qui garantit un accompagnement jusqu’à 21 ans pour les jeunes sortant de l’ASE sans ressources financières ni soutien familial, les ruptures persistent.

Un risque accru d’exclusion

Les conséquences de ces ruptures sont majeures. Pour certains jeunes, la sortie de l’ASE se traduit par des épisodes de grande précarité résidentielle : quelques nuits à la rue, parfois plusieurs mois, voire années. Beaucoup alternent entre hébergement d’urgence, solutions temporaires chez des proches et périodes sans logement, sans jamais parvenir à se stabiliser durablement. On estime qu’environ 45 % des jeunes vivant à la rue ont connu un passage par la protection de l’enfance, révélant les failles persistantes dans l’accompagnement à ce moment charnière.

Sans accompagnement, ces jeunes cumulent les difficultés : accès au logement, à l’emploi, aux droits, mais aussi isolement social. L’absence de réseau constitue un frein déterminant, notamment pour accéder à des opportunités professionnelles, souvent liées à des recommandations ou à des rencontres.

Le mentorat : un levier efficace

Face à ces constats, le mentorat apparaît comme une réponse concrète.

Le mentorat repose sur une relation structurée et régulière entre un jeune et un adulte bénévole. Ce lien, inscrit dans la durée, permet d’apporter un soutien individualisé, à la fois sur les plans personnel, scolaire et professionnel. Il s’agit avant tout de créer une relation de confiance, qui aide le jeune à se projeter et à élargir ses perspectives.

Les impacts sont significatifs. Selon une étude menée par Break Poverty, Koreis et LEPPI en 2023 :

  • 76 % des jeunes accompagnés se sentent plus capables de se projeter dans l’avenir,
  • 56 % déclarent que leur mentor les a incités à se renseigner sur les formations,
  • 1 jeune sur 5 affirme que son mentor l’a aidé à trouver son emploi.

Une solution encore trop peu développée

Malgré son efficacité, le mentorat reste aujourd’hui largement sous-déployé. Moins de 2% des jeunes de l’ASE en bénéficient, alors même que la loi prévoit qu’un mentor doit être proposé dès l’âge de 11 ans.

Sa mise en œuvre repose sur les départements, responsables de la protection de l’enfance et du déploiement de cet accompagnement sur leur territoire. En première ligne, ceux-ci font face à plusieurs défis : mobilisation des financements, structuration de l’offre, coordination des acteurs et mise en œuvre opérationnelle. Sans appui renforcé, le développement du mentorat à grande échelle reste difficile.

L’engagement de Break Poverty

Depuis 2020, Break Poverty agit pour faire du mentorat un levier central d’accompagnement des jeunes de l’ASE. Grâce à la mobilisation de mécènes et de partenaires associatifs, plus de 1 300 jeunes ont déjà été mentorés dans plus de 25 départements.

Pour aller plus loin, Break Poverty a lancé en 2024 l’Alliance Mentorat ASE, un programme ambitieux visant à accompagner 7 200 jeunes d’ici 2028.

Ce projet repose sur une dynamique collective. Il rassemble des associations spécialisées dans le mentorat et des conseils départementaux afin de structurer une offre de mentorat accessible et de qualité sur les territoires. Break Poverty joue un rôle de coordination en accompagnant les acteurs, en apportant un soutien méthodologique et en facilitant le déploiement opérationnel du dispositif.

L’Alliance intègre également un volet essentiel : la lutte contre la fracture numérique. Certains jeunes accompagnés ne disposent pas d’équipement informatique ou d’un accès stable à Internet. Or, ces outils sont aujourd’hui indispensables pour accéder à des formations, effectuer des démarches administratives, rechercher un emploi ou maintenir le lien avec leur mentor. En fournissant des ordinateurs et une connexion, le programme sécurise les conditions nécessaires à leur insertion.

Faire du mentorat un pilier de l’accompagnement

Depuis 2020, Break Poverty agit pour faire du mentorat un levier central d’accompagnement des jeunes de l’ASE. Grâce à la mobilisation de mécènes et de partenaires associatifs, plus de 1 300 jeunes ont déjà été mentorés dans plus de 25 départements.

Pour aller plus loin, Break Poverty a lancé en 2024 l’Alliance Mentorat ASE, un programme ambitieux visant à accompagner 7 200 jeunes d’ici 2028.

Ce projet repose sur une dynamique collective. Il rassemble des associations spécialisées dans le mentorat et des conseils départementaux afin de structurer une offre de mentorat accessible et de qualité sur les territoires. Break Poverty joue un rôle de coordination en accompagnant les acteurs, en apportant un soutien méthodologique et en facilitant le déploiement opérationnel du dispositif.

L’Alliance intègre également un volet essentiel : la lutte contre la fracture numérique. Certains jeunes accompagnés ne disposent pas d’équipement informatique ou d’un accès stable à Internet. Or, ces outils sont aujourd’hui indispensables pour accéder à des formations, effectuer des démarches administratives, rechercher un emploi ou maintenir le lien avec leur mentor. En fournissant des ordinateurs et une connexion, le programme sécurise les conditions nécessaires à leur insertion.