Mérite ou reproduction sociale : que favorise vraiment l’école française ?

Dans le cadre de son cyle de conférences « Et si on arrêtait de dire n’importe quoi sur les inégalités ? », notre Directeur de l’innovation décortique chaque mois les clichés sur les inégalités sociales en compagnie d’experts du sujet. Cette fois-ci, il s’est attaqué à l’un des mythes les plus tenaces : la méritocratie scolaire à la française.
Ces dernières années, une petite musique s’installe, faisant courir l’idée que notre place sur l’échelle sociale relèvrait d’une responsabilité individuelle et non de facteurs extérieurs. Alors qu’il y a vingt ans, 60% des cadres expliquaient les inégalités par le “hasard de la naissance”, ils sont autant à les expliquer aujourd’hui par le mérite individuel.
Pourtant, Elise Huillery, économiste spécialiste des questions d’éducation, rappelait avec force que la réussite sociale est en partie conditionnée par l’origine sociale, et ce d’autant plus que le système scolaire français est l’un des pires en matière d’égalité des chances.

Les inégalités se creusent dès la petite enfance, par un vocabulaire moins développé, puis se développent à l’école, avec une progression plus faible pour les enfants défavorisés, et s’accentuent au collège, notamment en mathématique. En 2022, en France, 22% de la performance en mathématique s’expliquait par l’origine sociale, contre 9% en Norvège, 10% en Allemagne ou encore 15% aux Etats-Unis. Les trajectoires se séparent au lycée lors duquel les plus défavorisés tendent à investir les CAP et bac professionnel contrairement aux enfants de cadres qui se dirigent majoritairement en seconde générale et technologique. En France, venir d’un milieu modeste signifie toujours avoir quatre fois plus de risques de finir sans diplôme.

Les inégalités ne sont pas uniquement le fruit d’efforts différenciés mais bien la conséquence d’un système défaillant, qui ne parvient pas à offrir à chacun la possibilité de choisir son avenir.