#Connexion d’Urgence : Le Rocher, à la croisée des chemins

L’annonce du confinement généralisé par le gouvernement le 17 mars dernier a mis un coup d’arrêt à l’activité économique du pays. Pour les associations, pas question de s’arrêter. Ce serait condamner une large part de leurs bénéficiaires, et les priver de leur dernière bouée de sauvetage. Rencontre avec le Rocher.

Le Rocher : Vivre, Grandir, Bâtir

Le Rocher est une de ces associations pour lesquelles s’arrêter était inenvisageable. Dans leurs 9 antennes réparties sur le territoire, leurs bénévoles interviennent directement dans les quartiers. Pour cela, ils s’y installent eux-mêmes avec leur famille.

L’objectif principal ? Créer du lien, faire en sorte que les personnes se rencontrent. Tout cela via différentes activités telles que le soutien scolaire pour les plus jeunes, les animations de rue, des camps pendant les vacances, les tours de rue la nuit pour aller à la rencontre des jeunes, etc.

Pour Jean-François Morin, directeur de la Recherche de fonds et de l’insertion sociale, citoyenne et professionnelle au Rocher : « Les habitants des quartiers sont des gens qui ne vont plus à la CAF, ni aux missions locales parce qu’ils n’en peuvent plus de répondre à des questions. Parce qu’il y a des questions qui sont dérangeantes. Il y a des questions auxquelles ils n’ont pas les réponses. Parce qu’il y a des papiers qu’ils n’ont pas, parce qu’ils ne savent pas lire. Parce qu’ils sont rarement accueillis en tant que personne. On n’accueille pas une personne en lui demandant ses papiers, son âge, et son quotient familial. [Tout l’enjeu] c’est de redonner leur dignité à des personnes qui se ne se trouvent plus dignes. Qu’elles se sentent aimées, et aimables. »

Pour cela, le Rocher s’est donné trois axes d’intervention. Le premier, c’est de vivre avec, d’être là, présent pour les habitants des quartiers, sans rien attendre en retour.

Le second, c’est de grandir avec, car il ne suffit pas d’être là, il faut aussi aller à la rencontre des habitants de quartiers, leur tendre la main pour nouer des liens.

Et puis à terme, bâtir avec, aider les habitants à s’insérer socialement, citoyennement et professionnellement.

Pendant le confinement : maintenir le lien, à tout prix

Le confinement a pour beaucoup d’habitants des quartiers marqué le basculement de la précarité à la misère. Avec l’arrêt brutal de l’activité économique, beaucoup d’entreprises n’ont pas renouvelé leurs contrats en intérim, ou autres contrats courts, dont dépendaient ces familles précaires.

Face à cette nouvelle urgence, de nouveaux partenariats se sont noués avec des associations spécialisées dans les distributions alimentaires, pour assurer des distributions de colis notamment fournis par la mairie.

Dans les quartiers Nord de Bondy, une des antennes du Rocher a aussi entrepris d’assurer la continuité pédagogique. Pour de nombreuses familles, l’absence d’ordinateur, de connexion internet, la barrière de la langue auraient pu condamner les plus jeunes au décrochage scolaire. Difficile de continuer à apprendre quand tout ce qu’on a est un téléphone portable.

Qu’à cela ne tienne, en quelques jours, un système de mentorat a été mis en place par le Rocher pour accompagner les enfants les plus fragiles. Chaque jour à Bondy, 70 enfants ont pu être accompagné individuellement par un bénévole pendant une heure, à distance. Tout a été fait pour que le lien fragile les liant encore à l’école ne se brise pas.

Pour accompagner cette continuité pédagogique, 95 enfants et familles ont pu bénéficier de l’opération #Connexion d’Urgence menée par Break Poverty, Emmaüs Connect et le Collectif Mentorat et recevoir un ordinateur personnel ainsi qu’une connexion internet.

Jean-François Morin le souligne : « Grâce à Break Poverty, nous avons cassé la fracture numérique dans 95 familles. C’est énorme ! ». Quand un enfant reçoit un ordinateur, c’est toute sa famille qui en bénéficie : « On a une maman qui a pu refaire son CV grâce à l’ordinateur envoyé à son enfant ».

Sans ces ordinateurs, sans les activités de continuité pédagogique menées par le Rocher, et notamment à Bondy, ces jeunes auraient sans doute décroché de leur scolarité, sans retour possible. Mayeul Coutensais, Responsable de l’antenne de Bondy, le confirme : « Un décrochage en cité, c’est pire qu’ailleurs. C’est souvent définitif ». Pour Jean-François Morin, cet état de fait traduit une véritable inégalité : « Il y a un vrai sujet d’injustice sociale. Il y a autant de génies à Bondy qu’à Versailles ».

Et maintenant ?

Dans les prochaines semaines, les rencontres à domicile s’intensifieront dans toutes les antennes du Rocher, et les activités de continuité de pédagogique seront maintenues pendant l’été afin de rattraper le retard accumulé pendant le confinement. Pour les habitants des quartiers Nord, l’antenne de Bondy, organise également des camps de vacances en juillet autour de Chambord pour que les familles ne passent par leurs vacances dans les cités.



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