Réussite Connectée : une journée d’immersion à la rencontre des jeunes de l’Aide Sociale à l’enfance et de leurs mentors

Le samedi 19 mars, l’équipe de Réussite Connectée s’est rendue à Nice afin de rencontrer des jeunes suivis par l’Aide Sociale à l’Enfance participant au programme Réussite Connectée. Ce programme se déploie depuis 2021 dans ce département auprès d’une centaine de jeunes dans six établissements partenaires de l’Aide Sociale à l’Enfance, grâce au soutien de l’Association Mondiale des Amis de l’Enfance (AMADE).

L’action de Réussite Connectée en Provence – Alpes – Côte d’Azur 

Né durant le confinement, le programme Réussite Connectée de Break Poverty lutte contre la fracture numérique et aide à prévenir le décrochage scolaire en accompagnant chaque jeune vers un parcours à la hauteur de ses aspirations : un combat particulièrement pertinent pour les jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance, dont les difficultés dans leurs parcours de vie mènent souvent au retard scolaire ou au décrochage.

Dans le cadre du programme Réussite Connectée, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, chacun de ces jeunes a donc reçu un ordinateur reconditionné ainsi qu’une connexion internet lui permettant de bénéficier d’un mentorat à distance opéré par l’association Afev. Le mentorat est une activité bénévole encadrée par une structure professionnelle, qui permet de bâtir une relation interpersonnelle entre un jeune et un mentor, et dont les objectifs varient en fonction de l’âge et des besoins du jeune :  le soutien scolaire, l’ouverture culturelle, la mobilité, la projection vers une formation post-bac, l’orientation professionnelle… sont autant de sujets qui sont abordés lors des séances.

La journée du 19 mars, passée aux côtés de l’AMADE et de l’Afev, a été l’occasion d’échanger autour des enjeux et de l’impact du mentorat. Les témoignages de sept jeunes âgés de 11 à 20 ans, ainsi que ceux de leurs mentors, ont été recueillis grâce au soutien de trois structures de l’Aide Sociale à l’Enfance partenaires du programme depuis le déploiement du programme dans la région : l’association Montjoye, La Fondation de Nice, et SOS Village d’Enfants.

« Le mentorat, ça me permet d’avancer, de me sentir un peu moins seule »

Ces propos tenus par Corinne*, élève en école d’infirmière en mentorat avec Nadia, étudiante en médecine, illustrent toute la force du mentorat. Les jeunes accompagnés évoquent le soutien que leur apporte le mentorat, la possibilité d’avoir un confident, une personne avec qui ils peuvent parler librement de sujets qui les touchent ou les intéressent. Cette relation de confiance est mentionnée par plusieurs jeunes : différente de celle d’un parent, d’un éducateur, d’un professeur, le mentor a une posture bien particulière  :  « c’est comme de l’amitié… mais avec un peu de scolaire quand même » nous confie Sophie*, 17 ans, en réorientation dans le domaine de la petite enfance.  Lors de cette journée d’immersion, les jeunes mentorés nous ont confié aimer particulièrement se sentir écoutés : « ma mentor sait écouter, et elle sait conseiller » (Sophie). « Elle est toujours à l’écoute, je lui ai expliqué ma situation, pourquoi j’étais au Village d’Enfants, et elle l’a comprise » (Emma*).

« Un moment de vie » et « une expérience humaine »

Certains jeunes mettent l’accent sur le caractère chaleureux de ces rendez-vous hebdomadaires, comme Emma, 11 ans, en binôme avec Angelyne, avec qui elle s’adonne à des activités ludiques chaque samedi matin : « Je suis tout le temps heureuse quand j’arrête la visio, parce que c’est bien, on s’amuse, etc. C’est trop bien ! ».  Pour les mentors et les mentorés, cette « expérience humaine » leur a permis de sortir de leur zone de confort, et de rencontrer d’autres jeunes en dehors de leur cercle social habituel « c’était une nouvelle expérience : je recommande ! », plaisante Sophie.  « C’est toujours un moment de vie », nous confie Timéo*, 16 ans, au lycée, accueilli à la Fondation de Nice.

Si le mentorat est un soutien de proximité particulièrement pertinent pour les jeunes de l’ASE, cet accompagnement est également très riche pour les mentors de l’Afev. Les mentors, qui sont des étudiants recrutés et formés par l’Afev, témoignent de ce que cette relation leur a apportée, en mettant l’accent sur le changement de regard et la prise de recul sur certains aspects de leur vie « elle m’aide beaucoup car elle a beaucoup de recul sur plein de choses que moi je n’avais pas à son âge », témoigne Laurine, mentor de Sophie. Cet accompagnement hebdomadaire est décrit comme très gratifiant pour ces bénévoles : « c’est un moyen de se sentir utile, et  à sa manière », confirme Nadia.

« Une ouverture sur le monde et le futur »

Au-delà de l’aide aux devoirs, le mentor accompagne son binôme dans ses perspectives d’avenir en lui faisant découvrir un autre monde que celui dans lequel ils grandissent. Si, comme pour Sophie, les échanges avec sa mentor l’ont clairement aidée dans sa réorientation, parler d’actualité, ou même des petits tracas du quotidien dans une relation de confiance, permet aux jeunes mentorés de commencer à se « fabriquer ses idées, ses convictions, et sa personnalité petit à petit… c’est une vraie ouverture sur le monde […] et une étape vers la construction de soi », témoigne Camille, éducatrice à SOS Village d’Enfants de Carros. Cet accompagnement aide également les jeunes mentorés à développer leur autonomie et leur confiance en eux : « les mentors aident beaucoup sur les questions de développement personnel » (Camille), un constat que partage Hilona*, 17 ans, en CAP cuisine, en parlant de sa mentor « elle m’aide pour ma confiance en moi, car moi je n’avais pas du tout confiance en moi ». Un travail d’équipe, réalisé main dans la main entre mentors et équipes éducatives.

Réussite Connectée, un outil pour permettre le passage à l’échelle du mentorat pour les jeunes de l’ASE

Les enfants placés sont victimes d’un grand nombre d’inégalités. A leur échelle, les mentors contribuent à lutter contre ces inégalités” conclut Camille au SOS Village d’Enfants de Carros. Convaincu par l’impact du mentorat pour ces jeunes, Break Poverty a plaidé pour la création d’une loi qui oblige les Présidents de Conseil départementaux à proposer un mentor à tous les jeunes de l’ASE au moment de leur entrée au collège. Cette loi a été votée à l’unanimité par le Sénat en décembre dernier, et par l’Assemblée Nationale le 7 février 2022. Aujourd’hui, le programme Réussite Connectée se déploie sur d’autres territoires auprès de plus de 600 jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance.

 

 

* les prénoms des jeunes ont été modifiés.

Crédits Photos : Stéphane Remael/AMADE